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Lilly Kolisko, l'eau


et le sel des métaux

par Eddy Dasko et Nelly Folco

 

Voici un article dont le contenu intéressera au même titre - pensons-nous - les amateurs d'alchimie et d'astrologie. C'est de l'eau fraîche que nous apportons  à leur moulin, en même temps qu'une intéressante voie d'investigation. Et, qui sait, l'envie de passer d'une certaine théorie à une pratique certaine...

« N'ayez pas le goût des grandes choses,
mais portez-vous vers les plus humbles. »

La Bible. Rom. XII-6.

 

 

Les femmes et les sciences

Il est probable que la science ne serait pas ce qu'elle est de nos jours, si les femmes avaient pu y accéder et y jouer leur rôle librement.

Nous bénéficierions d'un savoir plus humain, car mieux orienté, plus immédiat et pratique dans ses applications, plus profond dans sa philosophie : en deux mots, plus généreux et plus vivant.

L'affligeant sexisme ayant cours dans le monde des sciences, en légère régression, nous a privé des vues les plus sensibles sur les êtres et les choses, mais surtout,  sur la vie et ses mystères...

De Marie la Juive à Marie Curie...

Si quelques femmes seulement ont laissé leur nom dans l'Histoire des Sciences,  il en est de nombreuses qui mériteraient d'être citée comme mères d'hommes de science. Dans le domaine très restreint des transmutations, on se souviendra notamment de Marie la Juive (IVe siècle), à qui les Anciens attribuèrent l’invention du célèbre "bain-marie", Perrenelle Flamel, pour peu qu'on apporte foi à l'histoire d'alchimiste la plus connue de France, les  quasi inconnues Barbara de Cilli, Marie de Jars de Gournay, Marie de Jodin, Sabine Stuart de Chevalier, Marie Meurdrac, l'énigmatique Martine Bertereau, Baronne de Beausoleil, l'illustre Christine de Suède - dont René Descartes fut le  professeur de Français et le bibliothécaire -, et enfin, "the last but not the least", la brillantissime Maria Sklodowska, plus connue sous son nom de femme mariée, Marie Curie - Prix Nobel de physique avec son mari, en 1909, puis prix Nobel de chimie en 1911 (Eugène Canseliet dira plus tard que Fulcanelli "connut très bien Pierre Curie, puis Madame")...

en passant par Lilly Kolisko

Lilly Kolisko est une femme de science. Frêle et pâle, certes, mais dont les yeux montrent la détermination et l'énergie. Prototype de l'intelligence pragmatique et imaginative, c’est-à-dire ayant les pieds sur terre et la tête dans les étoiles, cette scientifique Viennoise, née en 1889, devra attendre le début du siècle, soit  la quarantaine, pour oser s'intéresser ouvertement aux travaux des alchimistes et autres astrologues... Sa méthode est simple : mettre au point des expériences "enfantines" immédiatement suggérées par les écrits hermétiques. D'abord en ce qui concerne les transmutations métalliques, puis plus tard, les transmutations en milieu vital.

D'abord, des questions...

« Y a-t-il une quelconque influence du cosmos sur les êtres et les choses de notre planète ? », et « Si influence il y a, celle-ci est-elle pour quoi que ce soit dans les mutations qui régissent les phénomènes d'évolution ? » C'est en cherchant à répondre scientifiquement à ces questions que Lilly Kolisko fut amenée à mettre en œuvre toute une série d'expériences (in)connues de nos jours sous le nom barbare et poétique de "Dynamolyse capillaire"...

... des réflexions...

Le problème principal était de déterminer sous quelle forme la matière devenait la plus sensible aux influences extérieures. C'est en lisant les ouvrages de l'anthroposophe Rudolph Steiner, et en retournant aux sources hermétiques de ce type de savoir, qu'elle fut mise sur la voie ; en effet, la pluralité des philosophes hermétiques affirme que c'est à l'état liquide que la matière est susceptible de recueillir et garder les influences radiantes issues du cosmos. Et notre organisme, notre corps, est fait d’eau à plus de soixante-dix pour cent...

...de la documentation ...

Dans son Traité du feu et du sel, Blaise de Vigenère, qui fut secrétaire d'ambassade et de la Chambre du Roi Henri III, ainsi qu'un des premiers auteurs en cryptographie (après l'abbé Tritheim), écrivit « Rien ne se produit en la terre et en l'eau qui n'y soit semé du ciel ». Il laisse entendre que des sels de toutes sortes emplissent l'atmosphère, et qu'ils tiennent leurs qualités de l'influence céleste. « Aussi longtemps que les matières se trouvent à l'état solide, elles sont sujettes à l'action des forces terrestres. Dès qu'une matière se trouve à l'état liquide, l'action des planètes se fait sentir en elle »... dit un autre. Donc, si l'on soumet des sels métalliques en solution à "l'action du ciel", peut-être en obtiendra-t-on des enseignements...

...puis des expériences

L'expérience est simple et peu coûteuse. Il s'agit de dissoudre 1g de sel métallique dans 100g d'eau de bonne qualité, dans laquelle trempera le bout d'une languette de papier-filtre, et d'exposer le tout dans certaines conditions reconnues et choisies. Afin de déterminer l'origine de l'influence cosmique, Lilly Kolisko va exposer ses cuvettes à l'air libre ou en abri clos, à la lumière du soleil ou de la lune,  à la lumière artificielle ou dans l'obscurité, de jour ou de nuit, et lors d'éclipses ou de conjonctions planétaires. Le test de l'expérience est le dépôt salin qui se forme en haut de la languette de papier-filtre, par suite de la montée de l'eau saline dans le papier -par effet de capillarité- et son évaporation. Pendant sept ans, Lilly Kolisko va expérimenter selon ce protocole, et s'assurer ainsi de la validité de ses résultats.

Les sels métalliques : l'or...

On obtient des sels d'or, c'est-à-dire du chlorure d'or, d'un beau jaune doré, en faisant dissoudre de l'or métallique en poudre ou en feuille dans de l'eau régale (mélange d'acide chlorhydrique et d'acide nitrique), et en faisant évaporer jusqu'à siccité. Après mélange d'un gramme de ces sels avec cent grammes d'eau pure, pas nécessairement distillée, et évaporation, le résultat moyen est un fin tableau constitué par les millions de minuscules cristaux qui étaient en suspension dans l'eau. Le bout de papier-filtre est donc décoré d'une fine teinture saline qui peut aller du jaune tendre au violet foncé, en passant par toutes les nuances possibles. Quelquefois le brun et le bleu, le pourpre et le jaune le plus vif, sont visibles ensemble, dans une grande vivacité de teinte et la finesse extrême des contrastes : pour résumer, les sels d'or sont remarquables par la grande richesse et la grande variété des teintes, qui se présentent dans de somptueux  arrangements, variés, délicats, et déliés : le grand art d’Apollon.

...et les autres.

Les sels d'argent (nitrate d'argent, blanc) se caractérisent par la richesse des formes du dépôt, telle qu'aucune structure ou image particulière ne peut être sélectionnée. Les couleurs  évoluent du brun clair au brun foncé. Les sels de fer (sulfate, d'un vert vitreux), eux, se sédimentent en minces festons ou rubans de teintes allant du brun incertain aux tons jaunâtres. Quant aux sels de plomb (nitrate d'aspect laiteux translucide), ils laissent une couche très ténue de sels bien blancs...

Des premiers résultats médiocres...

Les "images", c'est-à-dire les dépôts salins d'origine métallique, se forment en un quart d'heure environ. Cependant, en cas d'éclipse, le dépôt met deux fois plus de temps pour s'objectiver. La lumière  n'a pas d'influence directe sur la formation et le choix des couleurs, et ne semble jouer aucun rôle quant à la vitesse de sédimentation où  l'intensité de ces couleurs, pas plus que dans la variété des formes ou l'épaisseur des dépôts. La nuit apparaît plus "active", plus "dense" en effets,  et plus "riche" que le jour dans les domaines précités.

... mais des résultats ultérieurs plus intéressants.

L'or voit ses couleurs se défraîchir et se ternir lors d'éclipses. L'image globale est alors laide et brouillée. Dans la même occasion, l'argent perd sa richesse de formes, et l'on dirait qu'il y a conflit d'images, dispute pour la suprématie dans les formes, un antagonisme qui génère un chaos... Les autres sels métalliques réagissent quasiment de la même manière : leurs caractéristiques sont sévèrement ébranlées, à tel point qu'ils deviennent presque méconnaissables.

On mélange deux...

Lorsqu'on mélange deux sels, or et étain, par exemple, on se rend compte que l'un peut prendre "l'avantage" sur l'autre. Ainsi, dans ce cas, l'étain contrecarre l'action "colorisante" de l'or, et toutes les nuances disparaissent pour laisser la place à une sorte d'encre d'aspect noirâtre, mais en fait d'un pourpre très sombre : la coagulation est immédiate. Dans certains cas, pourtant, cette association donne un superbe résultat, qu'on appelle "la pourpre d'or de Cassius", dont les anciens teignaient les toges de leurs Empereurs (si cela ne réussissait pas, ils coloraient avec la teinture du Murex, un coquillage marin). Il est à remarquer que si l'étain subjugue l'or, son action peut être contrebalancée par six parties d'or supplémentaires.

...ou trois sels

Le plomb, lui, oblitère très peu cette action, tant en intensité qu'en persistance, comme si une certaine affinité existait entre ces deux métaux. L'or et l'argent voient leurs qualités se marier, et cette combinaison devient une coopération : la richesse des couleurs fournie par l'or s'allie à la richesse des formes offerte par l'argent. Dans l'éclipse de soleil, lorsque la Lune occulte le Soleil, l'argent domine en couleur, et l'or en forme. En mélangeant trois sels, le nitrate d'argent, le sulfate de fer, et le nitrate de plomb, on voit naître des formes en rides, fendillées, écailleuses, qui, en outre, donne un sentiment de pesanteur, de lourdeur, de gravité, alors que la même formule, moins le nitrate de plomb, prend des formes vigoureuses, nerveuses, fraîches...

Lors de conjonctions entre le Soleil et Saturne, l'action du sel de plomb semble totalement suspendue durant toute la durée de la conjonction. L'image met, comme lorsqu'il y a éclipse, près d'une heure à s’objectiver.

Eaux de vie...

On voit l'intérêt d'une expérience des plus simples : la planète Terre est recouverte à 70% d'eau, interne ou externe, salée ou non ; l'organisme humain est pareillement constitué d'eau, dans les mêmes proportions ; toutes les eaux contiennent des métaux en suspension ; tous les vivants usent de l'eau, et celle-ci demeure le liquide le plus répandu et le plus étrange que nous connaissons, à tel point, par exemple et contre toute attente, que l'eau pure n'existe pas...

Les travaux des Prof. Piccardi, Bernal, Ménetrier, Pauling, Giao, Deryaguine, et d'autres, sont loin d'avoir épuisé le sujet.

L'eau lourde et ses particularismes, les eaux curatives, les plasmas et placentas, les eaux de bénitiers, l'eau... et les eaux sont une permanente énigme, un appel constant à la recherche.

Nous pensons que les lecteurs d’Atlantis, notamment ceux qui s’intéressent à l’alchimie, tireront d'eux-mêmes les conclusions de cet article, de ce curieux mariage de l'eau et du feu : nous ne saurions les laisser dans l'ignorance de ce que représente l'eau, ou les eaux, pour les alchimistes... : « Les philosophes entendent par les eaux, les rayons et la lueur de leur feu » (Dictionnaire mytho-hermétique Dom Antoine Joseph Pernety. p.2. Chez Bauche, Paris 1758.).

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